Interview réalisée le 1er décembre 2022 : avec Benjamin Poirier, directeur marketing chez le fournisseur d’énergie renouvelable elmy, nous abordons 3 questions d’actualité afin de vous aider à y voir clair sur la hausse des prix de l’énergie.

 

Je donne du sens : Bonjour Benjamin, peux-tu nous dire quelques mots au sujet d’elmy ?
Benjamin Poirier : 
Bonjour à tous, c’est un énergéticien 100% vert qui est actif depuis l’investissement dans la production d’énergie renouvelable jusqu’à la fourniture pour les consommateurs : entreprises, collectivités et particuliers.

elmy, c’est une centaine de salariés qui sont principalement basés à Lyon, et la différence chez elmy, c’est vraiment l’impact qu’on essaie de donner aux clients finaux, les consommateurs, sur la transition énergétique, pour que leur facture ait l’impact le plus fort sur cette transition énergétique.

Je donne du sens : Quelles sont les causes de la hausse des prix de l’énergie que nous subissons actuellement ?
Benjamin Poirier :
Le marché a connu énormément de mouvements à la hausse sur les 12 derniers mois,  il y a trois éléments majeurs qui, à notre sens, expliquent ce qui s’est passé sur cette dernière année.

Le premier c’est le Covid.
On a, pendant la crise du Covid, connu des gros ralentissements sur la production d’hydrocarbures, et juste après, une reprise économique très forte, alors que la production d’énergie n’a pas suivi. On a tout simplement une problématique d’offre et de demande en énergie à la suite de la crise Covid, qui s’est couplée à un problème de maintenance, notamment sur les centrales nucléaires françaises, qui ont dû être décalées pendant le Covid, ce qui a généré des arrêts de ces centrales pendant cette période de tension.

Le deuxième gros sujet est en lien avec le nucléaire français.
La moitié des centrales nucléaires sont à l’arrêt aujourd’hui, en raison de problématiques de corrosions qui ont été découvertes, et l’absence de ces moyens de production pendant la crise de l’énergie l’a bien sûr renforcée et influencée.

Et le troisième point, c’est la problématique du gaz.
L’Europe importe son gaz depuis la Russie, la Norvège et l’Algérie notamment.
On est assez dépendant sur cette énergie-là, et la guerre des Russes en Ukraine a bien sûr généré une forte tension sur le prix du gaz, d’autant que Poutine utilise le gaz comme une arme énergétique, ce qui a renforcé les tensions sur le marché du gaz.

Je donne du sens : Quelle est la situation en cette fin d’année 2022 ?
Benjamin Poirier :
Il y a un an, deux ans, trois ans, le marché tournait autour de 50 euros par mégawattheure sur l’électricité, avec un record à 90 euros, record allègrement dépassé fin 2021. Et sur toute l’année 2022, on a connu des pics à largement plus de 1000 euros par mégawattheure, voilà pour les ordres de grandeur.

Tous les éléments dont on a discuté sur la question précédente ont créé un vent de panique sur les marchés, même si ces dernières semaines, on a quand même connu un une légère accalmie, liée notamment au fait qu’on a réussi à remplir tous les stockages gaz, et qu’on n’a pas encore connu d’épisode de froid sur ces dernières semaines.
Malgré cette légère accalmie sur les marchés en cette fin d’année, on voit quand même que c’est en train de déjà de repartir un petit peu à la hausse. On est en train d’arriver sur l’hiver, avec les épisodes de froid, on commence du coup à soutirer un peu dans nos stockages gaz.

On a un calendrier des redémarrages des centrales nucléaires qui n’est pas pour l’instant totalement en ligne avec ce qui avait été annoncé, donc là aussi ça crée des décalages. On a également des problématiques sur la production de gaz aux États-Unis, et en Norvège notamment, qui remettent un petit peu de tension, et malgré le tassement de ces dernières semaines, on ne peut pas imaginer que les prochaines semaines et mois vont être particulièrement calmes et bas sur les marchés, donc à suivre…

Je donne du sens : Quelles sont les perspectives pour les prochains mois ?
Benjamin Poirier : 
Alors, à court terme sur décembre, d’après les estimations d’acteurs comme RTE notamment, il ne devrait pas y avoir de problème majeur.

Ce n’est pas forcément vrai sur les mois de janvier et février, sur lesquels, en fonction de la météo, il pourra y avoir des tensions plus ou moins fortes sur le réseau, avec, des potentiels risques de coupure très temporaires.

S’il y avait des coupures, on parle de deux heures, une seule fois dans l’hiver pour chaque consommateur, donc quelque chose de quand même circonscrit, mais on pourrait y avoir recours, selon le selon la météo notamment.

En 2023, les prix qui vont rester probablement relativement hauts, on est encore largement au dessus de ce qu’on a connu sur les années 2021 et antérieurs, donc même si la tendance n’est pas actuellement la forte hausse, 1, il y a encore beaucoup d’incertitudes et 2, il est probable qu’on restera sur des prix quand même élevés, d’autant que, ce dont on a discuté sur le gaz tout à l’heure, à savoir les difficultés de production, la guerre des Russes en Ukraine, le fait que la Commission Européenne a proposé un mécanisme de plafonnement qui est considéré comme assez décevant, ne donnent pas des gages de sérénité totale sur sur la gestion du gaz, et donc sur les prix de marché du gaz.

Donc, une année 2023 qui va rester quand même et incertaine, et probablement assez chère sur les marchés, et déjà un hiver 2023-2024, donc dans un an, qui est annoncé avec les mêmes problématiques que celui qu’on va traverser, donc il ne faut pas espérer que ce qu’on connaît depuis 12 mois disparaisse d’un coup de baguette magique !

Merci beaucoup, Benjamin !

Pour aller plus loin :