Depuis septembre dernier, le risque de coupures d’électricité plane sur notre pays… légitimant au passage les injonctions moralisatrices à la sobriété énergétique.
Avant d’aborder le sujet de la sobriété, il est important de faire un point sur les coupures que nous pourrions subir cet hiver : pourquoi ? qui ? comment ? Voyons tout cela ensemble !

Pourquoi risque-t-on des coupures cet hiver ?

3 éléments principaux expliquent un risque accru de coupure cet hiver :

  • La production électrique issue du nucléaire est réduite, car :
    • une partie de réacteurs fait l’objet d’un plan de maintenance visant à augmenter leur durée de vie
    • un problème de corrosion a aussi été détecté sur une partie des réacteurs, nécessitant un contrôle et des réparations
    • la crise COVID a entraîné des retards dans le calendrier de maintenances et de réparations
  • Le conflit entre la Russie et l’Ukraine limite la capacité de production électrique issue du gaz des pays européens qui seraient susceptibles d’exporter leur production vers la France.
  • Les températures en hiver impactent très fortement les besoins de production électrique, une partie de cette production étant destinée au chauffage et à la production d’eau chaude sanitaire. Des températures basses seraient donc synonymes de risque de coupures accrues

Quel type de coupures risque-t-on ?

Le risque le plus probable est celui du délestage, à savoir un “arrêt maîtrisé et momentané du réseau électrique, à une échelle locale”, afin de rétablir l’équilibre consommation / production.
Cette mesure vise à éviter le “black out” : une panne d’électricité généralisée à l’échelle du pays tout entier, sur une durée pouvant être plus importante, et pouvant atteindre la sécurité des biens et des personnes.

Ces coupures de délestage ne doivent pas dépasser deux heures et peuvent intervenir lors des pics de consommation :

  • le matin entre 8 et 13h, lors du démarrage de l’activité des entreprises
  • en début de soirée, entre 18 et 20 h, quand les ménages regagnent leur logement et relancent le chauffage, l’eau chaude et la cuisson.

Qui est concerné par ces coupures ?

Ces coupures peuvent concerner toute la France métropolitaine, y compris les zones gérées par les entreprises locales de distribution (ELD). La Corse n’étant pas reliée au réseau national, elle n’est donc pas concernée.
Les délestages sont envisagés sur des zones géographiques d’environ 100 000 habitants en rotation, afin d’éviter de toucher deux fois les mêmes personnes sur une même journée.

Sont concernés aussi bien les particuliers que les collectivités, les administrations, et les entreprises. Les exceptions concernent :

  • les sites prioritaires qui contribuent aux besoins essentiels de la Nation, comme les établissements de santé ou ceux liés à la sécurité nationale (gendarmeries, casernes de pompiers, …), mais aussi les signalisations et éclairages de la voie publique indispensable à la sécurité, ainsi que les installations industrielles dans l’incapacité d’interruption de service.
  • les foyers dans le voisinage des sites prioritaires, utilisant la même ligne électrique.
  • les personnes hospitalisées à domicile, dits « Patients à Haut Risque Vital » (PHRV)

Quelques perturbations sont à prévoir :

  • Les établissements scolaires appartenant aux zones délestées pourraient fermer le matin.
  • La circulation des trains et des métros sur les zones concernées pourrait aussi être perturbée.
  • Le réseau téléphonique peut enfin être affecté en cas de coupure d’alimentation des antennes-relais, toutefois le numéro d’urgence 112 sera préservé au maximum. A défaut, les préfectures mettront en place des dispositifs de secours.

Les coupures seront-elles faites via Linky ?

Les coupures seront opérées par le gestionnaire du réseau, Enedis, au départ des lignes électriques, et non pas au niveau des compteurs.
Tous les habitants des zones concernées par le délestage seront donc impactés, qu’ils aient un ancien compteur ou un compteur Linky.

C’est le moment de revenir sur cette rumeur persistante en septembre dernier, selon laquelle les utilisateurs du compteur Linky risqueraient ces coupures régulières de courant entre midi et deux cet hiver.

Un arrêté du 22 septembre a effectivement été publié, afin d’autoriser une autre mesure de délestage, qui consisterait à suspendre la tranche des heures creuses allant de 12h à 14h pour les logements concernés par ce créneau horaire. 4,3 millions de clients seraient ainsi concernés, il s’agit de clients particuliers, professionnels et collectivités locales ayant souscrit un abonnement Heures Pleines / Heures Creuses, avec une plage d’Heures Creuses sur l’après-midi.

Concrètement, cela veut dire que l’enclenchement de leur ballon d’eau chaude ne serait plus activé automatiquement sur ce créneau, comme habituellement, la période de chauffe serait alors simplement décalée à la nuit suivante. Cela étant, il resterait possible d’enclencher la marche forcée du ballon d’eau chaude en cas de nécessité.
Pas de coupure de courant à craindre donc dans ce cas-là.

Dernière précision : sachez que si vous êtes concerné(e) par cette mesure, votre fournisseur a l’obligation de vous en informer au préalable.

Comment être alerté(e) des coupures potentielles ?

Pour recevoir une alerte, vous pouvez vous rendre sur le site Ecowatt ou télécharger leur application mobile. En cas de coupure de courant, un signal rouge sera émis trois jours à l’avance. La liste des départements concernés sera ensuite publiée.
Enfin, la veille à 17 h, vous pourrez savoir précisément si vous êtes concerné(e) par les coupures, en renseignant votre adresse sur le site internet d’Enedis ou de RTE, les deux services en charge du transport et de la distribution d’électricité.

Comment éviter une pénurie d’électricité ?

Sur le site Ecowatt, 3 signaux sont indiqués selon le niveau de tension du réseau électrique :

  • Signal vert : pas de risque.
  • Signal orange : le système électrique est tendu, les gestes de réduction de consommation sont les bienvenus.
  • Signal rouge : le système électrique est très tendu, les gestes de réduction de consommation sont indispensables pour éviter ou réduire les coupures de courant.

Concernant ces fameux gestes, on va citer les 3 plus importants :

  • Réduire la température de chauffage
  • Réduire la consommation d’eau chaude
  • Décaler la mise en marche des appareils électroménagers en dehors des horaires à risque.

Vous en retrouverez une liste plus exhaustive sur le site monecowatt.fr.

Quels risques de coupures de gaz ?

Compte tenu du contexte difficile avec la Russie, on pouvait craindre des tensions sur le gaz cet hiver, au même titre que pour l’électricité. GRDF, le gestionnaire du réseau de gaz en France, se veut rassurant sur ce point, expliquant que  “notre stock de gaz est plein, et dans le pire des cas, aucune coupure n’est prévue pour les particuliers.”

A toutes fins utiles, vous pouvez consulter le site Ecogaz, le pendant d’Ecowatt pour le gaz, afin de recevoir des alertes et connaître les écogestes.

Conclusion

En résumé, il existe un risque non nul de coupures électriques cet hiver, qui dépendra notamment de l’évolution des températures et de nos réductions de consommation.
Ces coupures resteraient tout de même limitées à une durée de 2h, en matinée ou en début de soirée. Elles peuvent concerner aussi bien les particuliers que les entreprises ou les collectivités.
Les sites prioritaires comme les personnes hospitalisées à leur domicile seront épargnés, mais des perturbations pourront exister (écoles, transports publics, réseau téléphonique).
Les coupures interviendront au niveau des lignes électriques et non pas des compteurs, vous serez donc concernés même si vous avez un ancien compteur.
Le site Ecowatt vous permettra de recevoir une alerte et connaître les gestes à adopter pour limiter les risques.
Enfin, le gaz ne sera a priori pas concerné par ces coupures.

 

Sources